Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT en charge des retraites, insiste sur la nécessite de réussir la mobilisation du 7 septembre.
Comment s’est déroulé l’été sur le front de la réforme des retraites ?
Au cours de l’été, la CFDT est restée mobilisée. Nous avons interpellé des élus, distribué de nombreux tracts, contacté des jeunes à l’occasion de la campagne Saisonniers. Jusqu’au 7 septembre, et sans doute après, nous devrons encore intensifier les différentes actions en direction des députés et sénateurs. Nous devrons continuer à expliquer aux salariés, à la population, les conséquences de la réforme injuste qui, sans financement pérenne, aboutira à creuser les inégalités tout en pesant sur les plus modestes.
Ce sont pourtant d’autres sujets qui ont fait la une de l’actualité cet été…
En effet, diverses manœuvres ont été orchestrées au plus haut niveau pour détourner l’attention de la population vers les questions liées à la sécurité et à l’immigration. Il s’agissait, pour des raisons politiciennes, de faire oublier la question des retraites et les autres sujets dont les enjeux sociaux liés à la crise. La CFDT n’accepte pas cette stratégie du “ bouc émissaire ”, qui consiste à stigmatiser les populations les plus pauvres, les plus précaires afin de les livrer à la vindicte populaire. Elle l’a fait savoir et agit avec d’autres pour le respect des droits de l’homme.
Comment la CFDT aborde-t-elle la mobilisation du 7 septembre ?
La CFDT, confortée par son congrès confédéral de Tours, veut engager un véritable débat aboutissant à une réforme juste prenant en compte les évolutions de notre société et celles du monde du travail. Mais, le gouvernement craint ce débat qu’il n’a cessé de vouloir éluder. C’est pourquoi nous avons décidé, avec l’intersyndicale, de nous mobiliser le 7 septembre, le jour où le Parlement engagera le débat sur l’avenir de nos retraites. Or, le projet de loi proposé par le gouvernement n’a pas été modifié, encore moins amélioré, par la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale fin juillet.
Nous devons donc faire la démonstration éclatante que rien n’est encore définitivement bouclé. Beaucoup va dépendre de la mobilisation du 7 septembre. Faisons tout, par notre mobilisation, pour que cette journée soit déterminante !
Que ce soit à Paris ou en province, les salariés se sont très fortement mobilisés le 24 juin contre la réforme des retraites. Face à l’injustice de cette réforme brutale, les militants et adhérents CFDT étaient très largement présents dans les cortèges.
«Les chiffres qui nous remontent de tout
es les manifestations nous montrent que les deux millions sont certainement atteints, ce qui veut dire que c’est la plus grosse manifestation de l’année. Cela montre que le sentiment d’injustice face à cette réforme brutale monte très fort dans le pays.»
Le verdict de François Chérèque est sans appel : les salariés ont répondu en masse à l’appel à mobilisation contre le projet injuste de réforme des retraites présenté par le gouvernement. Pour le secrétaire général de la CFDT,« quand les gens se rendent compte que la communication cache des injustices, inévitablement on a la réaction que l’on a aujourd’hui ».
Réforme alternative
L’importance de la mobilisation démontre que « les gens ne sont pas résignés», comme semblait l’espérer le gouvernement.Au contraire, « le gouvernement doit se rendre compte qu’il faut une réforme alternative, c’est-à-dire réécrire profondément cette réforme pour qu’elle soit plus juste », assure François Chérèque. Et de préciser : « les gens ne manifestent pas contre le changement mais contre cette réforme injuste ».
Prochaine étape pour la CFDT :« peser aussi sur l’étape parlementaire : On va dire à nos militants cet été: allez rencontrer vos députés », explique François Chérèque, avant de conclure : « Les députés, il va falloir qu’ils aillent regarder leurs électeurs les yeux dans les yeux ».
Les organisations syndicales CFDT, CFTC , CGT, FSU, Solidaires, UNSA se sont réunies le lundi 31 mai 2010 pour faire l’analyse de la journée de mobilisation du 27 mai pour l’emploi, les salaires et les retraites et pour envisager les suites. Elles portent une appréciation positive sur la dynamique de mobilisation qui a rassemblé les salariés du public et du privé, les retraités, les privés d’emploi, les jeunes alors que les annonces gouvernementales, notamment de reporter l’âge légal de départ en retraite, ont été faites 3 jours avant cette journée.
Les organisations syndicales rappellent que :
• la remise en cause de l’âge légal à 60 ans est inacceptable et injuste, en particulier elle fait porter les efforts sur les salariés qui ont commencé à travailler tôt et les travailleurs et travailleuses les plus précaires ; • la reconnaissance de la pénibilité est incontournable et ne peut se concevoir à partir d’un examen médical ; • la question des nouvelles ressources reste pleine et entière ; • La situation de l’emploi se dégrade, notamment pour les jeunes et les seniors, nécessitant une autre politique de l’emploi.
- Les orientations du gouvernement ignorent l’essentiel des exigences formulées par les organisations syndicales. - Le gouvernement, avec mépris, a affirmé vouloir maintenir le cap sans prendre en compte la mobilisation des salarié(e)s. - Il écarte toute idée d’un véritable débat et distille son projet au fil de l’eau. C’est inacceptable. Le gouvernement reste campé sur l’allongement de la durée de cotisations et le report de l’âge légal de départ à la retraite. Taxation des hauts revenus et des revenus du capital, harmonisation éventuelle entre le public et le privé… autant d’incertitudes et d’inquiétudes sur ses véritables intentions !
Rien n’est joué ! Le projet de loi devrait être présenté autour du 18 juin.
L’intersyndicale se retrouvera régulièrement tout au long du processus qui court jusqu’à l’automne. Elle précisera ses analyses, continuera à faire connaître ses propositions et affinera ses mots d’ordre. Elle continuera à convaincre les salarié(e)s que leur intervention est indispensable. Elles décident et appellent les salarié(e)s du public et du privé, les retraités, les privés d’emploi, les jeunes à une nouvelle journée de mobilisation le 24 juin 2010.